Qu’est ce que le Darknet ? Qu’est ce que le Deepweb ? Ces parties obscures du web qui suscitent intérêt et méfiance à la fois. Aujourd’hui, CultureGeek vous emmène dans les abysses d’internet.

Avant de rentrer en détail sur cette partie cachée du web et si vous n’avez pas encore lu notre article sur l’histoire d’internet, une piqûre de rappel s’impose pour bien comprendre la suite de l’article.

Internet, le web et les moteurs de recherche

La naissance d’internet tel que nous le connaissons actuellement, via des adresses web (www) et des pages web a été propulsé en 1990 grâce à son génie Tim Berners-Lee. Ce brillant informaticien britannique a mit au point le protocol HTTP (Hyper Text Tranfer Protocol) et le langage HTML (Hyper Text Markup Language). Ces 2 créations vous permettent de vous connecter à culturegeek.ninja (HTTP) et de lire cet article (langage HTML) en ce moment même.

Plutôt pas mal non ? Mais, comment êtes-vous arrivés ici ?

Au même titre qu’une immensité de livres dans une bibliothèque, si vous n’avez aucun outil pour vous guider dans cette fastidieuse recherche du livre qui vous intéresse, vous seriez perdu. C’est ici qu’interviennent les moteurs de recherche tels que Google, Bing, Yahoo ou encore Ecosia !

Ces moteurs de recherche réalisent un classement pertinent des résultats à afficher après votre requête. Ce classement de résultats décroissants (du plus intéressant au moins intéressant) réalisé par un algorithme, vous permettra directement de sélectionner les sites web sur lesquels des pages HTML présenteront la thématique de votre recherche avec le plus de pertinence possible.

Tous les sites web qui sont présentés par les moteurs de recherche font partie de la catégorie du clear net (appelée également clear web).

Illustration Iceberg du Clearnet (surface web) -Deepweb et Darknet

Qu’est ce que le Deepweb ?

Le Deepweb concerne l’ensemble des sites qui demandent volontairement à ne pas être affichés par les moteurs de recherche. On dit de cette partie qu’elle n’est pas indexée sur le web (via les moteurs de recherche).

Le deepweb est plus grande que la partie de l’internet visible.
En effet, l’étude réalisé par Michael K. Bergman sur “The Deep Web: Surfacing Hidden Value” datant de juillet 2001 estimait déjà sa taille à 500x plus grande que le clear web. Des études plus récentes disent que le Deepweb est constitué entre 70% et 75% de l’ensemble du web, ce qui reste toujours énorme.

Que trouve-t-on dans le Deepweb ?

Rien de choquant ou d’illégal. En effet, il y a une confusion dans l’utilisation des terme par la société et principalement par les médias. Lorsque le mot Deepweb est utilisé, il fait souvent allusion à du contenu à caractère illégal, hors, il s’agit concrètement de pages internet simples ou complexes mais tout simplement non indexées.

Liste d’éléments que l’on trouve dans le Deepweb:

  • Les contenus des boites mails.
  • Les bases de données.
  • Les données des banques en ligne.
  • Les parties des sites à contenu payant.
  • De manière plus générale, tous les sites proposant du contenu personnalisé (qui traitent des données s’affichant en fonction du profil visiteur).

Lors du développement de ces pages, des balises sont disponibles pour faire comprendre aux robots d’indexation que ces sites ne doivent pas être référencés et donc ne doivent pas ressortir lors des résultats proposés par les moteurs de recherche.

Qu’est ce que le Darknet ?

Le Darknet est un réseau parallèle crypté dans lequel se retrouve un ensemble de sites web qui ne sont pas indexés par les moteurs de recherche classiques.

Ce réseau est anonyme, il faut que les utilisateurs utilisent le même protocole de cryptage pour le rejoindre. Pour consulter des sites, ils doivent également connaître l’URL directe. En résumé, toutes les conditions pour plonger dans l’illégalité sont réunies et c’est ce qui attire la plupart des utilisateurs récurrents de ce réseau crypté.

Néanmoins, ce réseau parallèle favorise tout de même la liberté d’expression. En effet, dans des pays totalitaires où l’expression politique contraire au régime du pays pourrait valoir la peine de mort, c’est un moyen utilisé par les citoyens afin d’éviter ces sanctions.

Quelles différences entre le Deepweb vs le Darknet ?

Tout d’abord, la première différence se trouve au niveau de la définition des mots et de leurs périmètres respectifs. Pour le Deepweb – “web profond” nous parlons bien des sites web qui ne s’affichent pas lors des recherches sur les moteurs de recherche alors que pour le Darknet – “réseau sombre” il s’agit bien d’un réseau complet et parallèle à celui que nous utilisons.

Ensuite, pour le Deepweb nous mettrons plutôt l’accent sur la volonté des administrateurs qui sont derrière ces sites à ne pas se faire référencer. Imaginez vous êtes le créateur d’un site, il est normal que vous ne souhaiteriez pas que votre base de données clients soit référencée sur Google, c’est tout à fait logique.

Pour le Darknet, il s’agit également de cette même volonté mais qui répondra plutôt à des critères d’illégalité. Les créateurs de sites dans le Darknet ont davantage envie de rester anonyme pour continuer leurs activités illégales. Telles que, vente de drogue, achat de documents falsifiés, piratage et autres faits condamnables par leurs pays.

Comment se rendre dans le Darknet ?

Pour vous rendre dans le Darknet, vous devez installer Tor ou un navigateur nouvelle génération dénommé Brave. D’ailleurs, je vous invite à lire notre article sur le navigateur Brave, ce navigateur qui enlève toutes les pubs intempestives et vous rémunère par l’occasion, ça vaut le détour ! Pourquoi je vous parle de Brave ? Car Brave intègre la fonctionnalité de bascule vers Tor nativement. Ce qui vous permettra de passer en un clique du réseau Clearnet vers le Darknet sans devoir passer par plusieurs outils !

Dès que Brave est installé, ouvrez-le et cliquez sur le menu en haut à droite de la fenêtre web, cliquez ensuite sur “Nouvelle fenêtre privée avec Tor”:

Lancer Tor avec Brave

Vous voilà connecté au réseau parralèlle !

Navigation privée avec Tor via Brave

Pour aller plus loin, il faudra connaître les adresses URL cryptées.
En effet, sur le Darknet, il n’existe pas de moteur de recherche ! Par contre il existe des annuaires dans le Clearnet (donc ici, via Google par exemple) qui liste les sites recensés par les utilisateurs curieux d’aventure dans ce sombre réseau.

Par exemple, voici un annuaire rassemblant quelques thématiques de sites que vous pourrez retrouver: https://darknet-tor.com/meilleurs-sites-onion-deepweb.php

Je pose ca là, libre à vous d’aller jeter un oeil ou non !

NB: Les sites cryptés sont en “.onion“, c’est un nom de domaine de premier niveau réservé exclusivement à Tor. Pour faire simple, c’est un peu l’équivalent du “.com” du Clearnet dans le Darknet.

Le rôle des crypto-monnaies dans le Darknet

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Les crypto-monnaies jouent un rôle majeur dans cet écosystème. En effet, pour garantir l’anonymat des transactions qui s’opèrent sur les “Amazon illégaux” du Darknet, les acteurs de ce marché privilégient d’utiliser les crypto-monnaies pour brouiller les pistes. Les crypto-monnaies permettent aussi de s’échanger de la valeur réelle sans pour autant devoir prouver son identité. Notons la reconnue crypto-monnaie Monero (XMR) caractérisée par sa solide technologie autour de l’anonymat.

Néanmoins, Bitcoin est très utilisé également. Comme le montre l’analyse réalisée par Chainalysis Inc. (acteur majeur dans les rapports et outils de développement autour de la blockchain), de 2015 à 2017, le moyen de paiement en Bitcoin sur les plateformes de marchés du Darknet a doublé. En effet, il passe de 357m $ à 707m $.

Flux de bitcoin vers le Darknet

Comme vous le remarquerez, le cours du Bitcoin ayant évolué à la hausse de manière conséquente ces dernières années, un petit % représente aujourd’hui une masse monétaire conséquente vers le Darknet. (ligne jaune)

Silk road, l’amazon du Darknet

La page d’accueil Silk road en 2012

La criminalité dans le Darknet est bien présente, c’est pour cela que les acteurs majeurs du monde entier tels que Europol, FBI, NSA et DEA se mobilisent quotidiennement pour traquer les malfrats. Plus les années passent plus ces autorités parviennent à mettre la main sur les créateurs de ces plateformes d’échanges illégales. Dans cet article, je vous raconte l’histoire la plus connue avec Silkroad.

Silkroad (la route de la soie en français) est la plateforme d’achat du Darknet qui fût la plus populaire au monde. Elle a été créé par Ross William Ulbricht fin janvier 2011 et fermée en octobre 2013. Sur l’espace de 2 ans et demi, regardons de plus près l’empire qui a été mis en place.

Sur cette plateforme, plusieurs biens et services étaient présents:

  • Vente d’arme.
  • Vente de drogue.
  • Commerce de faux papiers.
  • Mise à disposition de produits pharmaceutiques sans ordonnance.
  • Produits doppants.
  • Oeuvres d’art et bijoux.
  • Services de piratages.

Par contre, le site interdisait:

  • Les cartes de banque volées.
  • Les services de tueurs à gage.
  • La pédopornographie.

Une différence majeure avec les plateformes de ventes actuelles, c’est que Silkroad ne vendait rien sous sa marque. Son fond de commerce était axé sur la mise en relation d’acheteurs et vendeurs moyennant une commission sur vente de 3 à 12%. Un peu comme Ebay actuellement. Son succès est lié principalement à sa bonne gestion et son professionnalisme.

En effet, les litiges étaient rapidement traités, des promotions récurrentes sur divers produits, la livraison gratuite à partir d’un certain montant, un forum actif et des avis clients positifs à gogo. La recette miracle d’un site actif et vivant que l’on pourrait retrouver sur la toile.

Résultat ?

La plateforme a procédé à plus d’ 1 million de ventes en crypto-monnaie Bitcoin pour un résultat de plus d’1,2 milliard de dollars. Les estimations portent à croire que le site a réalisé 60 million de $ de commission sur vente grâce à la relation entre 4.000 vendeurs et 150.000 clients.

Son créateur Ross William Ulbricht est originaire du Texas, il eu un parcours brillant. D’abord diplômé en physique il décrocha des bourses lui permettant d’aller à l’université. Ensuite passionné d’économie, il avait été grandement inspiré par les ouvrages de Ludwig von Mises, un économiste autrichien prônant un système libertaire dans lequel un citoyen serait moralement libre. Autrement dit, un système économique ou les flux commerciaux et financiers se feraient sans régulation du gouvernement.

Ross gardera cette idéologie toute sa vie et la fera germer en 2011 avec Silkroad. Le site devint par la suite beaucoup plus qu’une simple plateforme d’échange, il fût un véritable mouvement prônant des idéologies économiques nouvelles et pointant du doigt les régimes obsolètes maintenus par nos états.

Les autorités

1 an après le lancement de cette plateforme illégale, un groupe de travail est monté par les autorités américaines suite à la demande poussée par le président des Etats-Unis. Le nom de code de l’opération fût nommée “Marco Polo” en référence à l’explorateur qui parcouru jadis cette route de la soie (Silk Road).

Carl Mark bras croisé en mode “Ross, je vais te choper”

En avril 2012, l’agent spéciale de la DEA Carl Mark Force créa un profil de vendeur sur Silkroad avec une fausse identité (se faisant passer pour un chef de cartel en république dominicaine).
Il contacte alors le pseudonyme de Ross via son site et lui propose de lui racheter sa plateforme pour l’inciter à répondre. Après 2 semaines d’échange, Ross déclina car il estima que la plateforme avait plus de valeur que l’argent à ses yeux.

Cependant, l’objectif de Carl était bien d’installer une camaraderie en gardant contact au fil des mois. S’en suivit beaucoup de discussions autour de sujets divers et variés. Ces échanges permirent de cerner la personnalité de l’individu anonyme qu’était Ross et de ses idéologies libertaires. Les efforts durant de long mois de discussion ont permis l’arrestation d’un membre gérant les relations clients de la plateforme mais pas de son créateur qui resta dans l’anonymat complet.

Le déclin

C’est lors d’une brèche dans le site que les autorités commencèrent à analyser les réponses renvoyées lors de tentative de connexion. Une adresse IP en particulier attira l’attention car cette adresse IP ne faisait pas partie des couches du réseau Tor constituant l’accès au Darknet. C’était l’adresse IP d’un réseau publique appartenant à une bibliothèque.

S’en suivit une série de fautes d’inattention d’Ulrich qui était pourtant une personne très à cheval sur son anonymat. En effet, plus tard, un colis à son nom contenant une série de cartes d’identité de plusieurs états d’Amérique fût contrôlé par la douane. L’adresse sur le colis était le domicile d’une collocation où Ulrich vivait bel et bien. Une première intervention à son domicile apporta un vent de panique auprès d’Ulrich qui s’en sortit sain et sauf mais décida tout de même de déménager.

En effet, ses justifications concernant ces nombreuses pièces d’identité n’étaient pas clair aux yeux des enquêteurs, surtout quand il expliqua:

“N’importe qui pourrait m’envoyer des documents illégaux ou de la drogue depuis Silk Road”.

Les agents n’enquêtant pas sur le dossier Silk Road fût étonné d’entendre ce nom et ont fait le rapprochement avec les autres enquêtes en cours des services fédéraux annexes.

Les soupçons sur la possibilité que Ross soit un membre ou le membre tenant la gestion du site et se cachant sous un pseudo fût multiplier par 10. Dès lors, il a été mis en surveillance 24h/24h et 7j/7j.

Ross et sa petite amie lors d’un voyage avant l’ouverture de Silk Road

Malgré son déménagement, Ross se rendit à nouveau dans la biblihotèque dans laquelle il prit l’habitude de gérer Silk Road. Une fois de trop, étant donné que l’ensemble de la biblihotèque fût truffé d’agents infiltrés qui n’attendaient que Ross se connecte pour l’attraper sur le fait (ceci étant condamnable) et ils y sont parvenus !

Les chefs d’accusations

Ils sont multiples et Ross plaida coupable aux suivants:

Blanchiment d’argent, association de malfaiteurs et traffic de stupéfiants.
Il a prit 2 x 90 ans d’emprisonnement + 40 ans sans possibilité d’appel à réduction de peine. Autrement dit, la perpétuité. Plusieurs personnes se sont mobilisées afin de pointer du doigt la sanction abusive à l’encontre de Ross. En effet, des personnes dénoncent la justice américaine d’en avoir fait un exemple au yeux du monde entier en alourdissant la peine.

Cet article met aussi en évidence les procédés des autorités qui sont de plus en plus “border line”. Elles se retrouvent bien souvent obligées d’enfreindre des lois pour parvenir à leurs objectifs étant donné que les malfrats sont de plus en plus équipés et rusés.

Cet article s’arrête ici ! J’espère vous avoir apporté plus d’information au sujet du Darknet et que cette petite histoire véridique pourra alimenter votre culture générale dans la rubrique faits divers !

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